15 mai 2009
PHYSIONOMIES SUR QUOI ON PASSE
Baudelaire, Antoine Pol...
Kostas Ouranis (1890-1953)
ΠΕΡΑΣΤΙΚΕΣ/Passantes
Γυναίκες, που σας είδα σ’ένα τραίνο
Femmes, vous que j’ai vues dans un train
Τη στιγμή που κινούσε γι’άλλα μέρη·
au moment où il s’ébranlait vers ailleurs;
γυναίκες, που σας είδα σ’άλλου χέρι
femmes, vous que j’ai vues au bras d’un autre
με γέλιο να περνάτε ευτυχισμένο·
passer avec un rire heureux ;
γυναίκες, σε μπαλκόνια να κοιτάτε
femmes, qui aux balcons regardant
στο κενό μ’ ένα βλέμμα ξεχασμένο,
dans le vide oubliez votre regard,
ή από ένα πλοίο σαλπαρισμένο
ou d’un navire démarré
μ’ ένα μαντήλι αργά να χαιρετάτε:
d'un mouchoir lentement saluez :
στα δειλινά τα βροχερά και κρύα,
lors des couchants pluvieux et froids,
σας ξαναφέρνω στην ανάμνησή μου,
je vous rabats vers mon souvenir,
γυναίκες, που περάσατε μιαν ώρα
femmes, qui avez passé un temps
απ΄τη ζωή μου μέσα – και που τώρα
en plein travers de ma vie – et qui à présent
κρατάτε μου στα ξένα την ψυχή μου!
me gardez en des terres étrangères mon âme !
Photographie Sapience Malivole, Les couteaux et la roue .
Commentaires
Après "Les passantes", on se dit qu'Antoine Pol est vraiment un poète du manque !
Point de pinaillage : le déplacement du COD dans "me gardez en des terres étrangères mon âme" est-il voulu ? Classique comme je suis, j'aurais mis "gardez mon âme en des terres étrangères!"
il y a du mou...
@PMB : sans craindre le ridicule, je pense que Sapience a mis
ME gardez en des terres étrangères MON âme ! parce que
κρατάτε μου στα ξένα την ψυχή μου !
physionomie de ballot
zut, j'ai l'air ballot, les balises html ne marchent pas ! je voulais dire qu'il y a "kratate MOU" et il y a "psukhè MOU", que Sapience a voulu garder.
Les moi du mou
Bonsoir à tous,
Oui, PMB, (et ravie de vous revoir) c'est vrai que cela semble un peu redondant à nos esprit tendus sur la ligne classique, mais comme l'a dit Jean-Ollivier, il y a deux "mou"! Le premier induit plusieurs sens : l'âme est-elle éloignée par contrainte, parce qu'elle a été confiée en dépôt, par désistement volontaire? De surcroît, est-on vraiment sûr que le verbe "garder" n'est pas un impératif, cas dans lequel on devrait traduire "gardez-moi"? Je ne l'ai pas fait, à cause de la présence du relatif "pou", "qui", mais lorsqu'on lit le dernier vers de façon indépendante du reste, on "sent" la pointe de l'impératif. D'ailleurs, je souris car c'est exactement cette phrase qu'a retranscrite Jean-Ollivier :
"Gardez-moi en des terres étrangères mon âme!"
PMB, que voulez-vous dire par "poète du manque"?
je n'avais pas vu le pou....
... il est tout petit ! ça m'apprendra à lire vers par vers !
En revanche dans ces treize vers j'ai cru voir des rimes embrassées ABBA , puis CAAC, un isolé, puis EDDE ; ça ne doit pas être un hasard, peut-être est-ce une forme classique.
Les manqueurs
Moizaussi !
Coïncidence : on rejoint l’actuel débat RDLien sur la traduction ! Personnellement, j’accepte que le traduttore soit tradittore si le résultat est beau. La redondance « gardez-moi… mon âme » me gêne car elle n’apporte rien. Or, quand j’enseignais, je donnais un principe d’écriture (que je commençais par appliquer*, bien sûr) : tout mot ou expression qui n’a pas de valeur informative ou émotive doit disparaître. Na !
Et la place du COD, surtout s’il est plus court que le CC, est avant celui-ci. Scrogneugneu ! Lisez à haute-voix : « gardez mon âme en des terres étrangères », puis « gardez-moi en des terres étrangères mon âme » et voyez qui passe le mieux en bouche ! Surtout quand on observe la succession rugueuse des phonèmes [r] et [m] !
« Poète du manque » car, au moins pour ce que j’en connais grâce à Brassens-Cabrel et à vous ; il est fasciné par les femmes qu’il ne peut avoir :
http://admi.net/literacy/poesie/fischer-01.txt
http://philippeamen.canalblog.com/archives/2006/05/10/1849443.html
* Enfin, j'essaie : mes lecteurs ne me croiront peut-être pas !
Bonjour à tous,
PMB, le double complément est voulu par le poète, ce n'est pas non plus une structure très usitée en poésie, sinon dans la phrase "tu me gardes mon sac?" également bien connue en français, plus chargée de connotations que "tu gardes mon sac?", et sa place est tout à fait particulière, insolite, dans le vers : je ne peux donc faire autrement que le rendre par la même insistance. Personnellement, cela ne me choque pas, car on a alors un alexandrin qui coule bien. De surcroît, les petits poèmes que je donne ne sont pas apprêtés, je traduis en laissant leur structure apparente, afin que certains puissent lire le grec.
Traducteur-traître, mais malgré lui dans le meilleur des cas : c'est la nature de la langue qui l'exige, avant ses propres carences. De toute façon, les possibilités d'un texte ne sont pas infinies, on peut imaginer arriver un jour à épuiser ses sens (sauf en ce qui concerne Mallarmé et le disque de Phaestos).
Il ne reste plus qu'à chosir lequel garder.
épuiser ses sens ....
Bonjour Sapience, je crois qu'après vos explications, les commentaires vont se raréfier. Il me reste un étonnement doublé d'un léger regret : pourquoi illustrer ce très beau poème, cet adagio à la mémoire de toutes les femmes que le poète a rêvées ('que' et pas 'dont', car il les suscite pour nous ses lecteurs), pourquoi l'illustrer d'un vieux pneu, même si la photo est belle ... j'espère que ce n'est pas pour remuer les couteaux dans la plaie, avant de choisir lequel garder ....
Bonjour Jean, en ce dimanche dont la chaleur ferme déjà leurs becs aux oiseaux.
La photo? Vous savez qu'en général, les associations d'idées que je fais sont incongrues,ou s'attachent à un détail secondaire je l'admets.Ces couteaux et ces roues, instruments du tourment, m'ont paru illustrer parfaitement l'aspect dérisoire du souvenir et celui, collectionneur, de ces images de femmes. Les photos sont souvent des contrepoids, des balanciers du texte, mon propre commentaire des paroles que je transmets.
Tant il me semble, dans mon esprit de contradiction, que le message, et son l'explication, se trouvent toujours ailleurs que dans ce que l'on dit.
Alors, si c'est un "choix d'écrivain", je m'incline sans façons !
Ici, le dimanche est plutôt silencieux car plutôt gris...
vanitas vanitatum...
J'ai compris, cette photo est une vanité. Vous avez la vanité austère, Sapience. Si "ces couteaux et ces roues, instruments du tourment" m'évoquent Sainte Catherine d'Alexandrie, je connais des peintres qui en ont une vision moins sobre, et qui s'attachent à la chair.
Mais bon, les textes que vous nous faites découvrir suscitent chez vous des images en contrepoint qui rebondissent chez le lecteur-spectateur, et le font renvoyer autre chose... j'ai relu votre commentaire antérieur : dialogisme, c'est ça, aussi ?
à l'occasion, vous devriez aller faire un tour chez Paul Edel ; il est à Epidaure, en voisin ...
Bonsoir à tous,
PMB, et en plus, un choix à étudier encore..je vais d'ailleurs demander quelques avis ici...
Jean-Ollivier, dialogisme, bien sûr, mais aussi le sentiment, parfois irritant, que rien n'est lisible dans sa forme première, rien donc auquel l'esprit puisse se fier.
La chair est là, en filigrane, celle du souvenir ou celle qui l'a fait naître, et plus je regarde cette photo, plus elle me semble commentaire éloquent! L'austérité provient du fait peut-être qu'elle ne transmet pas d'extase.
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