Les physionomies d'Eon

Textes se référant à la littérature et l'histoire, principalement helléniques

12 mai 2009

PHYSIONOMIE DE DIALOGISME DES NUES

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Aρχείο δεν σημαίνει έλεγχο της μνήμης, αλλά υλικό που θέλει να διασωθεί. Tίποτα δεν νομιμοποιεί την αποκλειστικότητα της ερμηνείας του και ακόμη περισσότερο τη λογοκρισία ή την καταστροφή του. Η σιωπή του αρχείου δεν υφίσταται. O χώρος όπου διαμένει μπορεί να είναι κρυφός, αλλά τα μυστικά του είναι δημόσια, είναι εν ενεργεία . Πρόκειται για κείμενα που περιμένουν την τύχη τους. Και κάθε πράξη ανάγνωσης δημιουργεί το κείμενό της. Γιατί, κανένα αρχείο δεν έχει οριστική μορφή. Yπόκειται σε απρόσμενες ανατροπές και διαψεύσεις και αντιστέκεται στην αποκλειστικότητα της ορθής χρήσης. Δεν υπάρχουν μυημένοι και αμύητοι. Έτσι λοιπόν το όνομα του συγκεκριμμένου αρχείου δεν το καθιστά ούτε απυρόβλητο ούτε ανέγγιχτο ούτε υπό επιτήρηση αλλά αφήνει ανοιχτό το υλικό Σοφοκλής.

"Archives ne signifie pas contrôle de la mémoire, mais documents qui demandent à être sauvegardés. Rien ne légitimise l’exclusivité de leur interprétation, et bien plus encore leur censure et leur destruction. Il n’existe pas de silence des archives. L’endroit où ils se trouvent peut être celé, mais leurs secrets sont publics, ils sont en activité. Il s’agit de textes qui attendent leur destin. Et chaque acte de lecture crée son texte. Car aucune archive n’est définitive. Elle est soumise à des renversements inattendus et à des démentis et elle résiste à l’exclusivité du bon usage. Il n’existe pas d’initiés et de non-initiés. Ainsi, donc, le nom des archives en question ne les met ni hors d’atteinte ni ne les rend intouchables ni ne les place sous surveillance mais laisse ouvert l’accès au Matériau Sophocle."

Maria Efsthathiadi, (1) Le Jardin de glace, texte inédit s'ajoutant aux archives du dossier Philoctète.Les romans suivants de Maria Efstathiadi Comme un mélo (Actes Sud, traduction Anne-Laure Brissac), Gants avec mains (L'Harmattan, traduction Michel Volkovitch), sont traduits en français.

En ce qui concerne le problème de l'utilisation, du traitement, de la "réfection" dans tous les sens du terme des textes anciens, tant dans leur idée directrice que dans l'exploitation de phrases ou thèmes précis,  il me semble que Paul Valéry donne la réponse qui implique la plus exigeante simplicité mais aussi la plus simple exigence : " La véritable tradition dans les grandes choses n'est point refaire ce que les autres ont fait, mais retrouver l'esprit qui a fait ces grandes choses et qui en ferait de tout autres en d'autres temps".

Photographie Sapience Malivole, Premier mai dans les Cyclades, nues aristophaniennes et trône socratique.

Posté par sapiencemalivole à 11:34 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

tombé des nues ...

la tradition créatrice ? j'aime bien ce commentaire de Valéry. surtout que cela permet bien des libertés ! Je peine à comprendre les couleurs : s'agit-il de strates différentes ?

Sinon j'ai pu déchiffrer ça, que j'offre aux héllénistes encore plus nuls que moi (il doit bien y en avoir, tout de même). ça a l'air facile comme ça avec la traduction au-dessous, mais j'ai "ramé" :
αλλά [mais] τα μυστικά του [leurs secrets] είναι δημόσια, [sont publics], είναι εν ενεργεία [ils sont en activité].
et puis :
Και [Et] κάθε πράξη [chaque acte] ανάγνωσης [de lecture] δημιουργεί [crée] το κείμενό της [son texte].

Posté par Jean-ollivier, 13 mai 2009 à 14:33

ah, vous aussi, Sapience...

vosu avez la tête dans les nuages ?

Clopine (prévenue de votre retour. Vous faites partie de ces discrets internautes qui peuvent disparaître pendant des jours, des semaines, des mois... et dont la réapparition est signalée dans les minutes qui suivent leur nouveau message...)

PS : dites, la nuée aristophanienne, OK. Mais le trône socratique ? ?

PPS : j'ai envie de copiercoller ce texte sur la défense et l'illustration des archives, et d'aller le poster chez une certaine Isabelle Rambaud, conservatrice du patrimoine de son état, qui en aurait certainement l'usage. Puis-je ?

Posté par Clopine, 13 mai 2009 à 14:51

Mots en l'air....

Jean-Ollivier, je me réjouis de cette attention que vous portez aux mots grecs.Liberté, dites-vous? Je suis dubitative. J'avais, en lisant cette phrase de Valéry, l'impression inverse! Voici donc comment j'ai pensé. Quoi de plus malaisé que de retrouver l'esprit qui préside à la création des choses? Et quoi de plus rare que de retrouver l'esprit qui rend universelle et diachronique une oeuvre? Les modernes metteurs en scène tombent souvent dans le piège de l'illusoire liberté que donne l'archive qui n'est plus défendue par son contexte, mais par la révérence qui incite à sa profanation, et les exercices d'écritures dialogiques-intertextuelles ne font pas toujours le lien entre la tradition et la modernité : souvent au contraire, elle ne sont que références qui garantissent la littérarité d'un texte, une estampille de genre, l'inclusion dans une forme éphémère de culture. La citation est un acte de communication que l'on voudrait parfois nous faire prendre comme une transmission ou une création. Le plus ardu, c'est de dépasser la citation pour en retrouver l'esprit - en soi, passant par l'autre, en l'autre, passant par soi-, et toute la création part de là. Qu'est-ce qui nous unit avec les textes du passé, sinon cette capacité qu'ils ont de recréer en nous les conditions de leur énonciation? On dit la même chose depuis des millénaires, avec des mots qui ne sont rien en eux-mêmes : dire "je souffre" n'est pas dire grand chose, dire "je souffre" en clignant de l'oeil ou en donnant un coup sous la table, pour faire comprendre que l'on cite Euripide, Sénèque ou Racine, n'est même pas citer Euripide, Sénèque ou Racine. C'est se citer soi dans son incapacité de le faire. Saisir l'idée qui brûle encore, dissimulée dans une gangue prête autant à l'outrage qu'au respect, par la pincette citatoire ou l'écraser sous le pied pour lui faire hurler ce qu'elle murmure n'est pas "retrouver l'esprit". Car celui-ci est neuf, même s'il n'est pas nouveau, et si on peut le perpétuer grâce à une neuve disposition des choses, en aucun cas il ne peut jaillir d'une installation qui ne serait que sa représentation.
Clopine, bonsoir, bien sûr que vous pouvez faire circuler cet extrait, il est polémique à souhait. Les archives de la création humaine ont une vie potentielle, on a tort de les conserver dans des sanctuaires comme des aérolithes marquant des points sacrés de fondation: mais on aurait tout autant tort d'en imprimer des fragments sur des t-shirts telle la sainte face du Che, à des fins de communication intra-planétaire, comme si toute la création possible de notre monde était désormais contenue dans le ressac de ses symboles et de ses thèmes, comme si la répétition, la multiplication, l'inflation des signes culturels référentiés, entrecroisés, brouillés, allaient donner une nouvelle condition à notre existence d'hommes, et une issue nouvelle à notre avenir.

Posté par sapiencemalivole, 13 mai 2009 à 21:41

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