Les physionomies d'Eon

Textes se référant à la littérature et l'histoire, principalement helléniques

08 avril 2009

PHYSIONOMIE DE LAPIDARIUM

100_0336

Αυτός εδώ λιθοβολεί / κι αυτός εκεί λιθοβολείται/ ο άλλος πάλι κάθεται/ μετρά τις πέτρες.

Celui-ci lapide / et celui-là est lapidé / l'autre de son côté ne fait rien / il compte les pierres

Daniil Yiorgos (1938-1991)

Quelle vision habite respectivement ces trois hommes, sont-ils d'ailleurs moins de deux ou plus de trois?

Je me suis mise à considérer les murs comme des arsenaux. Je voyais « je» dégager des armes d’une muraille, et sa rage se changer en agonie au fur et à mesure que le lapidarium s’épuisait : sa main droite tenait la dernière pierre,  la gauche cherchait encore et encore derrière lui. « Tu » était lentement pulvérisé, les pierres buvaient son sang et son corps, il gagnait l’aspect pétrifié d’un nouveau lapidarium dressé comme une pile d’archives, une urne volcanique ou un haut-fourneau. « Il », dieu obligé ou homme à l’écart, montrait une attitude ambigüe : donne-t-il l’ordre, garde-t-il les pierres ou le rituel, réprouve-t-il ? Est-ce lui le prochain ? Est-il indifférent, impartial ou aveugle au spectacle, compte-il les soubresauts sur la chair comme il aurait compté les retours de l’eau  ou les voltes d'une toupie ? Je vois les pierres arrachées à la muraille bâtir sensiblement la lice qui l’entoure, sous laquelle gît le lapidé.

"Me llamarán, nos llamarán a todos.

Tú, y tú, y yo, nos tornaremos

en tornos de cristal, ante la muerte.

Y te expondrán, nos expondremos todos

a ser trizados ¡zas! por una bala.

Bien lo sabéis. Vendrán

por ti, por mi, por todos.

Y también por ti. (Aquí no se salva

ni Dios. Lo asesinaron.)

Escrito está. Tú nombre está ya listo,

temblando en un papel. Aquél se dice :

abel, abel, abel...o yo, tú, el..."

Blas de Otero.

http://www.youtube.com/watch?v=Ksf5CrJ4xk4

Posté par sapiencemalivole à 19:36 - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

lapidaire ....

Bonsoir Sapience,
Pendant tout ce temps, de vaches maigres sinon de carême, "de notre côté nous ne faisions rien, nous comptions les jours".
Merci de faire revivre ce lieu, à l'écart des agitations, même si ce nouveau billet nous laisse un peu sur notre faim.
On dit qu'en frappant des pierres, et avec de la sapience, on arrive à faire du feu.

Posté par Jean-ollivier, 09 avril 2009 à 00:29

Je ne suis pas de pierre :)

Βonjour Jean-Ollivier,
Oui, c'étaient des mots jetés à la ronde à la fronde: voyez, j'ai rajouté ce à quoi je pensais hier au soir en lisant ces vers.

Posté par sapeincemalivole, 09 avril 2009 à 12:56

Paco !

Alors là, dès qu’il est question de Paco Ibañez, j’accours ! La poesia es un arma cargada de futuro, Andaluces de Jaen, Balade del que nunca fue a Granada, Palabras para Julia : tout…

Vos pierres emmurées, j’en ai vues toute une maison, magnifiques de disposition si imbriquée, qu’on aurait du mal à glisser un doigt où que ce soit. Une ardoise, sombre, presque noire.

Posté par PMB, 10 avril 2009 à 23:54

Au secours !

je ne lis pas l'espagnol .... mais la référence à l'Andalousie m'évoque le souvenir de "la barrique d'amontillado", l'histoire extraordinaire d'Edgar Poe où le héros (?) emmure vivant son ennemi. Henri Lhéritier pourrait-il confirmer que l'amontillado est un vin andalou, genre Jerez ?

l'original d'Edgar Poe est sur : http://www.eapoe.org/works/reading/pt063r1.htm et la traduction de Baudelaire sur Gallica.BNF (enfin je crois)

Posté par Jean-ollivier, 11 avril 2009 à 11:08

Demande de traduction...

Bonjour à tous,et merci pour toutes ces évocations d'ardoise noire et de vin clairet -hmmm, ne pensez pas au Beaujolais de Clochemerle et à cette scabreuse histoire...-. PMB, personnellement, je me contente de connaitre peu de choses, lorsque j'entends la voix de Paco Ibanez qui, comme aurait pu dire Malraux corrigé, "chantait juste, et avec sentiment". La barrique d'amontillado, voici un souvenir, Jean-Ollivier, bien agréable. Je vais attraper le volume et le mettre au sud de Prosper Mérimée, dont je trouve parfois le temps de lire quelques lignes à la longue-vue.
Je vais tenter quelque chose, mais corrigez-moi : ce n'est pas de la traduction, mais de l'intuition.

"On m'appellera, on nous appellera tous,
Toi, et toi, et moi
Nous tournerons en tours de cristal
Devant la mort.
Et on t'exposera, nous serons tous exposés
A être pulvérisés, bam! par une balle.
Vous le savez bien. Ils viendront
Pour toi, pour moi, pour tous.
Et aussi pour toi. Alors ne te sauve
pas même Dieu (ils l'auront assassiné).
C'est écrit. Ton nom est déjà prêt
tremblant sur un papier. Celui qui dit/que l'on dit
abel, abel, abel...ou moi/je, toi/tu, lui/il.

Posté par sapiencemalivole, 11 avril 2009 à 14:18

à qui jouez-vous des tours ?

Merci Sapience, pour cette main tendue. J'ai bien aimé les tours de cristal, "tornos de cristal", qui en français seront à la fois tours (au sens de turns) et tours (au sens de towers) de cristal ... La traduction ajoute ici à l'original.
Bien sûr que c'est tours-turns en espagnol, même moi je le comprends, mais les tours-towers me ravissent.
à défaut de barrique d'amontillado, rappelez-moi que je vous dois une bouteille de chateau Latour .... chacun son tour ...

Posté par Jean-ollivier, 11 avril 2009 à 23:12

Sans détours...

Bonjour,
Ah, Jean-Ollivier, je ne sais pas exactement ce que sont ces tours de cristal, et si le verbe tornar veut dire "tourner, tournoyer" ou "tourner à, devenir". J'ai gardé le flou syntaxique afin que naissent le plus de connotations possibles.
D'ailleurs, je viens de regarder un dictionnaire : il semble que torno désigne aussi la toupie (curieusement, j'avais cette image en tête depuis le début). DOnc, "nous nous transformerons en toupies de cristal devant la mort", et on a l'image du corps qui tournoie, frappé par la balle tournoyante. Ne pas savoir l'espagnol fait que l'on imagine davantage de choses.Depuis que je lis ce poème, j'ai toujours été séduite par son aspect futuriste et biblique.
A propos de mots, en jetant un regard sur le texte de POe, je me suis arrêtée sur l'anglo-gallicisme "connoisseurship" : avouez que c'est admirable!

Posté par sapiencemalivole, 12 avril 2009 à 08:24

Rectif traduction

Tout d'abord bonjour ou plut$ot bonsoir Sapience!
"ni Dios" en espagnol signifie "personne" et donc ici Blas de Otero joue ici sur la double signification, Dieu et personne: "personne ne se sauve, pas même pas Dieu (ils l'ont - et non l'auront - assassiné)" serait la traduction la plus proche du texte. En tous cas "ne te sauve pas ni Dieu est incorrect.
Torno est un tour et une toupie, les machines-outils des tourneurs de métaux et de bois respectivement, mais aussi un rouet, et je pense que c'est ce dernier qui devrait figurer dans la traduction. Mias j'avais déjà beaucoup réflichi il y a longtemps à cette question et je n'avais pas trouvé de réponse satisfaisante, y compris en espagnol.
Jean-ollivier, un amontillado est un vin originaire de Jerez et de la region de Montilla, une ville située au sud de Córdoba. Il fait partie des "finos" qui contrairment à leur appellation sont des vins blancs (enfin plutôt jaunes) secs du genre rugueux et qui titrent dans les 16 degrès. Ce sont des vins très particuliers qu'il est de bon ton d'apprécier. Je dis de bon ton parce qu'en réalité la plupart de ceux qui disent l'aimer font semblant. Hemingway, un grand connaisseur, disaient de ces vins qu'il fallait en boire des hectolitres avant de vraiment les apprécier. En tout cas moi je n'en suis pas un amateur.
Il était très apprécié des jeunes espagnols lettrés de la diaspora qui aimaient faire le coup du repour aux racines; bien entendu, ils étaient aussi amateurs de cante "jondo" (pour "hondo", profond, car c'est ainsi que les gitans pronçaient le H aspiré et que les castillans prononcent le H anglais, ce qui donne Jollywwod)dont ils ne connaissaient rien. Moi c'était plutôt Bob Dylan, j'étais un renégat et un traître.

Posté par Lazarillo, 22 avril 2009 à 23:14

Plus

Retour de cuisine. Y'a pas d'heure pour préparer des plats!

Tornarse (qui donne dans le poème "nos tornaremos" à 3ème du pluriel et au futur) signifie se transformer. Une toupie se dit "chompo" ou "trompo". Ce n'est donc pas une toupiue, c'est sûr. Quand j'étais gosse je jouais avec un "chompo" en bois.
Pour le fin je verrais bien

C'est écrit. Ton nom est déjà prêt
tremblant sur un papier. L'autre se dit (pense):
abel, abel, abel...ou moi, toi, lui.

Je repars en cuisine ou je prépare pour après demain... je ne vous le dirai pas!

Posté par Lazarillo, 23 avril 2009 à 00:33

Kavvadias

Spaience, si vous l'avez lu j'aimerais connaître votre opinion sur Quart de Nikos Kavvadias.

Posté par Lazarillo, 23 avril 2009 à 00:34

kavvadias

@lazarillo
merci pour ces informations ; je vois que traduire depuis l'espagnol n'est pas plus facile que depuis d'autres langues ; il y a de qui tourner en barrique.
Pour Kavvadias, sachez qu'il y a déjà eu des billets de Sapience sur "le Quart", peut-être chez Pierre Assouline. Je n'ai hélas pas d'outil de recherche adéquat pour les retrouver.

Posté par Jean-ollivier, 23 avril 2009 à 15:58

Manzanilla

Jean-ollivier merci. Je vais essayer de retrouver ça. En attendant voici une curiosité, manzanilla (littéralement petite pomme) signifie camomille sauf en Andalousie où cela désigne un vin de la famille des "finos". Donc faire très attention quand l'on commande un infusion en Andlousie!

Posté par Lazarillo, 24 avril 2009 à 00:56

Patience et longueur de temps.....

Merci pour les échanges, pardon pour le silence...Lazarillo, Jean-Ollivier.

Posté par sapiencemalivole, 12 mai 2009 à 11:44

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