08 janvier 2009
PHYSIONOMIE DE DOIGTS DE ROSE
Ivan Aivazovsky (1817-1900)
Constantinople, la mosquée de Tophane
Brest, Musée des Beaux-Arts
Pour Jean. Αυτός, λοιπόν, ήταν ο Ισμαήλ Αλ Ίσκιρ, που γυρνούσε τρελός κάπου στο γέρμα του δωδέκατου αιώνα μετά τον Χριστό στην Χαλκιδική, ψάχνοντας μια εκκλησιά χωρίς καμπάνα. "C'était lui, donc, Ismail Al Iskir, qui errait comme un fou en Chalcidique vers le couchant du XIIème siècle après Jésus Christ, à la recherche d'une église sans cloche".
Thanassis Triaridis, La CLoche muette
Ivan Aivazovsky, Navire faisant naufrage près du Mont Athos
Depuis plus d'un mois, je choisis des textes et des images afin de vous proposer des "sujets" de la Grèce, qui soient épurés de documentation, et qui ne soient pas narcissiques : en fait, des éclats, des parcelles. En effet, je crois qu'on ne comprend les grandes choses que par les petites qui les composent, car le grand a quelque chose d'hermétique que nous n'appréhendons que par le concept, qui est la façon humaine de réduire les échelles. Comment aussi envisager le temps, l'espace dans une totalité, comment aborder la vie et la mort, la nature et l'art autrement que par les fragments qui veulent bien se révéler à nous le voulant bien ? Je donne peut-etre l'impression de placer, dans un grand vide muet, des petits paysages de sens, et le lecteur recherche avec peine une unité, qu'il ne peut trouver que dans les associations qu'il fera lui-meme. Pourtant il m'apparait que, à l'exemple des poètes modernistes comme Séféris ou Elytis, je place cette unité dans le sentiment d'une nature intellectualisée par un esprit intrinsèquement hellénique. Cela n'est pas un appauvrissement, les sens ne sont pas relégués à n'etre qu'une part moindre de cette démarche, car l'émotion qu'ils procurent se complète ainsi par la réminiscence et accède à l'esprit. Cela me semble étrangement inévitable : c'est la Grèce elle-meme qui me le propose, le génie de son paysage s'impose à moi qui le vois, et m'impose une façon de le voir.
Commentaires
où cela nous mènera-t-il?
Mais c'est presque une copie de mon "Ile des Morts", ce tableau ! on me mène en bateau !
Esprit es-tu là?
Fantome d'Arnold Boklin, j'y voyais plus quant à moi une mystérieuse apothéose dans les brumes du Bosphore.
Mais je vous remercie de vous etre rappelé à nous, cela m'aura permis de voir quelques unes de vos oeuvres, que je ne connaissais pas.
Aivazovsky
Vraiment étonnant ce contraste entre les deux tableaux d'Ivan Aivazovsky (peintre que je découvre grâce à vous) !
La paisible douceur ouatée de l'un, avec cette lumière caressante qui attire l'œil et me fait penser, je ne sais pourquoi, aux promesses des matins de la vie — et les vagues de cauchemar, phosphorescentes, du second, où la mer n'est plus "couleur de vin" mais couleur d'absinthe.
Pour ce dernier tableau je m'explique mieux mon association d'idées (ne connaissant pas les environs du mont Athos, je dérive forcément, pardon): naufrage + évocation religieuse + un petit quelque chose de Turner et me voilà renvoyée au terrible poème de Gerald Manley Hopkins, The Wreck of the Deutschland, autre évocation d'un naufrage près des côtes. Très long poème halluciné, d'une incroyable cruauté, d'une puissance aussi dévastatrice que la mer qu'il évoque — "the widow-making unchilding unfathering deeps".
Quant à ma dernière escale iosselianienne, elle m'a permis de découvrir "Il était une fois un merle chanteur" (plus ancien, puisqu'il date de 1971, et tourné en Géorgie). Encore une merveille, dans laquelle le charme du personnage principal est saisi par une caméra tout aussi charmeuse. Dans cette atmosphère, il est tout naturel de penser en oxymores puisque nous suivons un flâneur pressé à la désinvolture inquiète …
Je ne sais pas s'il l'a vu, mais il me semble que ce film paradoxe aurait plu à V. Jankélévitch parce que "apparition disparaissante" conviendrait bien pour qualifier son héros-promeneur et musicien aux prises avec le temps.
Et je crois que le fait de voir ainsi les films du réalisateur à la suite l'un de l'autre, en me faisant en quelque sorte mon propre festival Iosseliani, ajoute encore à mon bonheur de spectatrice. Que je souhaite vôtre bientôt.
Enfin je voulais vous dire que vous ne semez pas en vain ces éclats dont vous parlez; il me faut juste un peu de temps avant d'aborder en Grèce.
Encore un instant, temps bourreau!
Bonjour Miette, je vous réponds avant l'heure, foi d'animal!
Alexandrismes
Je ne "connais" pas moi-meme Aivazovsky, c'est vraiment par hasard que je suis tombée sur lui, en feuilletant La Tribune de l'Art sur le net.
Arménien, donc oriental orientalisant sur des thèmes européens : la "marine", par exemple.
Wikipedia propose certaines de ses toiles
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_A%C3%AFvazovski
Ses toiles sont un espace essentiellement culturel résultant, bien sur, de l'imprégnation du romantisme paneuropéen, mais aussi du caractère cosmopolite de "ces terres-là", comme disait Papadiamantis : la mosquée de Tophane peut etre Sainte Sophie, le mont Athos le Caucase ou le rocher de la Lorelei.
Dites-moi, Miette, Iosseliani, Aivazovsky, depuis quelque temps la quete de la Grèce nous fait mettre le cap vers la Tauride, la Colchide et les routes de l'Asie. Que recherchons-nous? Mais bon, Eschyle dit que la "Perse et la Grèce sont soeurs par le sang" (connaissance, réminiscence ou intuition de nos racines indo-européennes?) : allons-nous à la fin aborder aux rivages de l'Indus?
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