05 janvier 2009
PHYSIONOMIE DE TRANSATLANTIQUE
"Et vos regards comme des mouettes/suivaient le blanc transatlantique"
Robert Goffin, La Passe des Espionnes
Faut-il présenter Andréas Embirikos (Braïla, 1901- Athènes, 1975), le poète qui introduisit en Grèce le surréalisme, l’auteur de Hauts-Fournaux (1935) et Terres intérieures (1945) ? Dans les strophes extraites de ce dernier recueil que je vous propose, en tout cas, le poète a délaissé l’écriture automatique pour revenir au vers scandé et aux images d’un lyrisme plus familier. O combien familier ! Nef-identité dotée d’un arbre à cames, chargée d’une cargaison de mythes homériques, il aborde dans ses connotations Rimbaud, Jules Laforgue, Jean-Marie Levet, Apollinaire, Cendrars, Kavafis et Kavvadias, et bien d’autres iles de la mélancolie décadente ou du modernisme espérant, qui trace des sillons pour féconder la « plaine stérile ».
Ω υπερωκεάνειον τραγουδάς και πλέχεις
Άσπρο στο σώμα σου και κίτρινο στις τσιμινιέρες
Διότι βαρέθηκες τα βρωμερά νερά των αγκυροβολίων
Εσύ που αγάπησες τις μακρυνές σποράδες
Εσύ που σήκωσες τα πιο ψηλά μπαïράκια
Εσύ που πλέχεις ξέθαρρα στις πιο επικίνδυνες σπιλιάδες
Χαίρε που αφέθηκες να γοητευθείς απ’τις σειρήνες
Χαίρε που δεν φοβήθηκες ποτέ τις συμπληγάδες.
Ô transatlantique tu chantes et tu vogues
Blanc de corps et jaune de cheminées
Car tu es las des eaux sales des mouillages
Toi qui as aimé les lointains semis d’iles[1]
Toi qui as haussé les plus hautes bannières[2]
Toi qui vogues hardiment sous les rafales les plus périlleuses
Salut à toi, de t’être laissé charmer par les sirènes
Salut à toi, de n’avoir jamais craint les écueils[3]
Ω υπερωκεάνειον τραγουδάς και πλέχεις
Στο σέλας της θαλάσσης με τους γλάρους
Κ’ είμαι σε μια καμπίνα σου όπως εσύ μέσ’ την καρδιά μου.
Ô transatlantique tu chantes et tu vogues
Dans l’éclat[4] de la mer avec les mouettes
Et je suis dans une de tes cabines comme tu es toi dans mon cœur.
Ω υπερωκεάνιον τραγουδάς και πλέχεις
Είναι ο καπνός σου πλόκαμος της ειμαρμένης
Που ξετυλίγεται μέσ’ στην αιθρία κι ανεβαίνει
Σαν μαύρη κόμη ηδυπαθούς παρθένας ουρανίας
Σαν λυρική κραυγή του μουεζίνη
Όταν αστράφτει η πλώρη σου στο κύμα
Όπως ο λόγος του Αλλάχ στα χείλη του Προφήτη
Κι όπως στο χέρι του η στιλπνή κι αλάνθαστη του σπάθα.
Ô transatlantique tu chantes et tu vogues
Tentacule de la moire est ta fumée
Qui se dévide dans l’air serein et ascende
Comme la noire chevelure d’une lascive vierge céleste
Comme la voix lyrique du muezzin
Quand ta proue dans la vague étincelle
Comme la parole d’Allah aux lèvres du Prophète
Et comme dans sa main le sabre luisant et infaillible.
Carte postale de Jean Marie Levet.
[1] Les sporades, prises ici dans leur sens propre d’iles parsemées, ne se réfèrent pas forcément aux iles grecques.
[2] L’expression (mot turc) signifie : « lever l'étendard de la révolte ».
[3]Les Symplégades, rochers mythiques près du Bosphore.
[4] Le « sélas » est une lueur intense, il sert aussi à former l’expression « aurore boréale ».
