Les physionomies d'Eon

Textes se référant à la littérature et l'histoire, principalement helléniques

17 décembre 2008

PHYSIONOMIE DE DAMNES

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HALIKOUTI

Je ne me souviens pas de son nom, mais de sa tournure, telle que je l’ai vue sur la photographie qui accompagnait ce vieil article des « Nouvelles de La Canée » que l'on me montrait dans ce café du port. L’ancien esclave était un grand vieil homme, pieds nus, vêtu d’un pantalon court et d’une veste en toile de jute : la photographie avait-elle été prise après ce geste inouï, voire subversif ? Comment expliquer autrement qu’un être si peu remarquable eût pu servir de modèle ?

Il n’a plus de nom pour moi, mais il n’est pas socialement anonyme : il est « halikouti ». Il appartient à l’une de ces générations d’esclaves noirs que depuis la conquête ottomane on faisait venir d’Afrique en Crète, afin de les faire travailler dans les champs ou sur le port. Ou bien, appartenant à l’armée égyptienne, il était demeuré en Crète après l’indépendance de l’ile, ou il avait fait partie du plan ottoman de peuplement des terres par une population noire et musulmane.

A l’Indépendance, il n’est pas reparti, ni pour l’Egypte, ni pour la Turquie : quoique paria entre les pauvres, la Cité Crétoise était le lieu où le faix n’avait plus d’entraves.

« Hal li kouti », en certain arabe dialectal, veut dire « pose la caisse » : c’était la parole des porteurs, à l’arrivée du bateau, pour enjoindre les étrangers de laisser leur valise à terre, afin qu’ils s’en chargent eux-mêmes et puissent gagner leur pain.

J’imagine qu’il vivait à l’extérieur du bastion de Koum Kapi, « la Porte des Sables » en turc, dans le quartier marécageux à l’est de la ville, où le Premier mai se déroulaient les  grandes fêtes africaines. A cette occasion, autrefois, un  bey offrait un veau à la communauté. Plus tard, les esclaves affranchis allaient chanter devant le palais du Prince Danois, en signe de reconnaissance envers les nouvelles libertés, ou de soumission aux nouvelles lois. Il devait servir sur le port quand les bateaux arrivaient d’Athènes ou d’Italie, remonter la rue jusqu’au marché, invisible instrument du spectacle des caisses estampillées au nom de leur destinataire. Peut-être était-il vendeur de poisson ambulant, ou égorgeait-il des bêtes pour les bouchers. La nuit, sur le port entièrement obscur où personne ne se hasardait, il devait rester à attendre le retour des barques. Sans femme, ni enfant, ni famille aucune : la vie d’un ancien esclave respecte le dicton « où est la terre, est la patrie ».

Pour quelle raison ai-je appris son existence, et pourquoi les gens de La Canée se souviennent-ils encore de lui, un siècle après ? Parce qu’un jour, il a donné une leçon de générosité, de celles qui son difficilement -mais est-ce vrai ?- accueillies par le doute ou le mépris, puisqu’elle vient d’un homme si infime : c’est peut-être la seule fois que la misère protège les intentions d'un misérable.

Il avait gagné au loto une grande somme d’argent, une ration de fortune : il ne l’avait pas gardée pour lui, mais l’avait offerte à une voisine crétoise, afin qu’ayant une dot elle puisse se marier.

Photographie Monique Kamari "Jugement dernier", fresque crétoise du début du XVIIème siècle.

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PHYSIONOMIE DE PONT

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Voici une très brève chronologie de la littérature néo-hellénique, que l'on fait débuter aux écrits byzantins en langue vulgaire. Je n'ai noté que les textes qui constituent des repères tant de la langue que des genres et des influences de la production littéraire. Je me suis interrompue à la naissance de l'Etat grec moderne, puisque avec l'Indépendance les conditions de la vie littéraire changent radicalement.

Empire Byzantin

XIème siècle : Digénis Akritas poèmes épiques

XIème siècle : Poèmes didactiques « Léon le Pauvre »

XIIème siècle : Satire Histoire naturelle du très-valeureux Buveur

La messe du Glabre

Poèmes prodromiques

Michail Glykas et le vers politique

Les Croisades : 1204, première chute de Constantinople

Chronique de Morée (œuvre d’un anonyme franc, il en existe deux manuscrits, l’un en grec, l’autre en français)

Reflux des mythes helléniques sur la Grèce par l’intermédiaire des Francs

Le roman : Kallimakos et Chryssorhoï (XIVème siècle)

Poésie crétoise : Léonidas Dellaportas (1350-1419)

Chronique chypriote : Léontios Machairas (XVème) ?

Chute de Constantinople (1453) et occupation ottomane

Confession de foi de Kyrillos Loukaris  (1572-1638)

Prédications d’Iliias Miniatis (1669-1714)

Renouveau crétois :

Vintsentzos Kornaros

Erotokritos (poème épique de chevalerie)  (1635 ?)

Le sacrifice d’Abraham (lui est attribué, 1696 ?)

Géorgios Hortatsis Erophili (drame tragique)

Autre foyers de production littéraire :

Les Phanariotes (Grecs de Constantinople) et les Grecs des provinces danubiennes (fin XVI-fin XVIIIème)

Rigas Ferraios (1757-1798) : proclamation des droits de l’homme, charte constitutionnelle, poésie.

Le problème de la langue (quelle langue employer, la « purisante » ou la langue démotique?) se pose, et ne sera définitivement résolu qu’en 1974.

Les Iles Ioniennes

Ioannis Vilaras (1771-1823)

Le chant klephtique : la geste populaire de la lutte contre les Ottomans.

Au tournant du siècle :

Adamantios Koraïs (1748-1833)

Andréas Kalvos (1792-1869)

Dionysos Solomos (1798-1857)

1821 Guerre d’Indépendance

1830 Naissance de l’Etat grec moderne

Photographie Sapience Malivole "Ikaria"

Posté par sapiencemalivole à 07:59 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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