07 décembre 2008
PHYSIONOMIE D'ECRITURE
Puisque quelques personnes ont exprimé un intérêt pour l’écriture hellénique, j’ai pensé que je pouvais écrire un petit texte sur ce que l’on sait de ses origines.
Il n’y a pas à proprement parler d’alphabet « grec », puisque aucun des alphabets employés utilisés pour transcrire cette langue ne lui était au départ destiné. La plus ancienne écriture grecque connue, le linéaire B, utilisé en Crète et dans le Péloponnèse du XVème au XIIIème siècle av. J. C., était un syllabaire (un signe pour chaque syllabe) mêlé d’idéogrammes.
Vers le Xème siècle av. J. C., les Grecs ont adopté les majuscules, «lettres cananéennes» et les ont désignées sous le nom de « lettres phéniciennes», car Hérodote leur en attribue l’invention. Les Cananéens ont inventé les signes pour symboliser les consonnes (en effet, les langues sémitiques « vocalisent » sur les signes des consonnes, et n’ont pas besoin de voyelles), et les Grecs ont utilisé les lettres de l’alphabet cananéen qui ne retranscrivaient pas de son dans leur propre langue, pour créer des signes de voyelles.
Ainsi, la consonne alef a noté le a et est devenue alpha, le yod est devenu le i, le ‘ayn est devenu o, doublé pour le o long, devenu oméga. Et le H, le heth cananéen devint êta, puis notre H latin.
Jusqu’au XIème siècle après J. C., le grec ne connaissait que les majuscules – dont leur forme cursive, appelée « onciale »- et les mots n’étaient pas séparés, ni accentués.
En fait, les signes d’accentuation ont été utiles à l’époque hellénistique, lorsque l’accentuation ancienne commençait à se perdre dans les mémoires car elle évoluait. Aristophane de Byzance (IIème-IIIème siècle) a inventé le système d’accentuation pour les textes de grec ancien, et qui sont encore utilisés aujourd’hui lorsqu’on veut écrire en langue « purisante », en katharévoussa, mais jusqu’au Xème siècle les textes n’étaient pas forcément accentués.
Les lettres d’imprimerie actuelles sont dérivées des caractères fondus sous François 1er par Claude Garamont (1480-1561) sur le modèle de l’écriture du Crétois Ange Vergèce, qui avait traduit en latin une œuvre attribuée à Plutarque. Néanmoins il faut attendre les impressions hollandaises de la fin du XVIIème siècle pour voir des lettres nettement séparées et l’absence d’abréviations et de ligatures.
Photographie Sapience Malivole, couverture du "Traité d'interprétation de l'art pictural byzantin", de Dionysos de Fourna.
