25 mai 2009
PHYSIONOMIE DE REGARD INTERIEUR
Πολλές φορές ξαναγύρισε ο Μαρούκης στο καφενείο της μικρής πλατείας. Κάθισε στην συνηθισμένη του θέση της γωνιάς, ήπιε καφέ, χάζεψε, μα διχώς να ξανασυναντήσει τον γέρο κύριο που τον είχε απρόοπτα συντροφέψει τη μέρα εκείνη. Άλλωστε, κι ούτε που τον αναζητούσε. Ο νους του τώρα έτρεχε αλλού. Συγκεφαλαίωνε τη ζωή του. Πατώντας τα τριάντα,είχε την πεποίθηση, καθώς πολλοί, πως πάει πια, κλείνει το σπουδαιότερο κεφάλαιο της ύπαρξής του. Λοιπόν ζητούσε ν' αναθεωρήσει τα πεπραγμένα του, να βγάλει ένεν ισολογισμό και να ταχτοποιήσει τη θέση του απέναντι στο μέλλον. Αντιμετώπιζε την υπόθεση τούτη με κάποιαν επιδεικτική νωθρότητα, τη δυσκαμψία του πεπειραμένου άνδρα...Πίστευε τον ευατό του αθεράπευτα καταταγμένο στο παρελθόν. Ο γεροντισμός αυτός τον απέλπιζε και μαζί του έφερνε μια γλυκειά πολύ μελαγχολία. Το παπάπονο για την "χαμένή'" του ζωή είχε κάτι από το πικρό βάλσαμο και τον φιλάρεσκο εγωισμό της ηρωικής εγκαρτέρησης. Μια πείρα βαθειά για τ' ανθρώπινα, να τι θεωρούσε πως είτανε το πιο πολύτιμο απόχτημα της ως σήμερα ζωής του. "Πάω κι εγώ, πάω κι εγώ", έλεγε στους γνώριμούς του, κρατώντας με δυσκολία ένα γλυκόπικρο χαμώγελο. Maroukis retourna souvent au café de la petite place. Il s’assit à son endroit habituel dans le coin, but un café, regarda distraitement autour de lui, mais sans jamais revoir le vieux monsieur qui lui avait inopinément ce jour-là tenu compagnie. D’ailleurs, il ne le recherchait même pas. Son esprit désormais était occupé ailleurs. Il récapitulait sa vie. Aux abords de la trentaine, il avait la conviction, comme bien d’autres, que c’en était fini, qu’il avait clos le chapitre le plus important de son existence. Il cherchait donc à passer en revue ce qu’il avait accompli, à dresser un bilan et définir sa position face à l’avenir. Il envisageait cette affaire avec une sorte d’indolence ostentatoire, avec l’impassibilité de l'homme d’expérience. Il se croyait sans espoir de retour incorporé dans les rangs du passé. Ce sénilisme le désespérait tout en lui procurant une très douce mélancolie. Le chagrin de sa vie « perdue » avait quelque chose du baume amer et de l’égoïsme infatué de la résignation héroïque. Une profonde expérience des choses humaines, voilà ce qu’il considérait être l’acquis le plus précieux de toute sa vie jusqu’alors. « C’en est fini de moi, c’en est fini de moi », disait-il à ses connaissances, réprimant avec difficulté un sourire doux-amer. Angélos Terzakis (1907-1979), La Cité violette. Un texte qui vit tout seul, aussi complet qu'un caractère.
Photographie Sapience Malivole, "En pensant à Lorca".
15 mai 2009
PHYSIONOMIES SUR QUOI ON PASSE
Baudelaire, Antoine Pol...
Kostas Ouranis (1890-1953)
ΠΕΡΑΣΤΙΚΕΣ/Passantes
Γυναίκες, που σας είδα σ’ένα τραίνο
Femmes, vous que j’ai vues dans un train
Τη στιγμή που κινούσε γι’άλλα μέρη·
au moment où il s’ébranlait vers ailleurs;
γυναίκες, που σας είδα σ’άλλου χέρι
femmes, vous que j’ai vues au bras d’un autre
με γέλιο να περνάτε ευτυχισμένο·
passer avec un rire heureux ;
γυναίκες, σε μπαλκόνια να κοιτάτε
femmes, qui aux balcons regardant
στο κενό μ’ ένα βλέμμα ξεχασμένο,
dans le vide oubliez votre regard,
ή από ένα πλοίο σαλπαρισμένο
ou d’un navire démarré
μ’ ένα μαντήλι αργά να χαιρετάτε:
d'un mouchoir lentement saluez :
στα δειλινά τα βροχερά και κρύα,
lors des couchants pluvieux et froids,
σας ξαναφέρνω στην ανάμνησή μου,
je vous rabats vers mon souvenir,
γυναίκες, που περάσατε μιαν ώρα
femmes, qui avez passé un temps
απ΄τη ζωή μου μέσα – και που τώρα
en plein travers de ma vie – et qui à présent
κρατάτε μου στα ξένα την ψυχή μου!
me gardez en des terres étrangères mon âme !
Photographie Sapience Malivole, Les couteaux et la roue .
13 mai 2009
PHYSIONOMIE DES AGES
"Κάθε του βήμα, κάθε του σταθμός δεν είναι παρά μια ευκαιρία να υποβάλλει σε δοκιμασία τις αναπαρθενευτικές ιδιότητες που ακολουθεί ν'αντιπροσωπεύει το κατάλοιπο του παιδιού μέσα του"
"Chacun de ses pas, chacune de ses étapes n'est rien d'autre qu'une occasion de mettre à l'épreuve les propriétés revirginisantes que continue de représenter le résidu de l'enfant en lui"
Odysséas Elytis, Le peintre Théophile.
Photographie Sapience Malivole, La rouille et les roses.
12 mai 2009
PHYSIONOMIE DE DIALOGISME DES NUES
Aρχείο δεν σημαίνει έλεγχο της μνήμης, αλλά υλικό που θέλει να διασωθεί. Tίποτα δεν νομιμοποιεί την αποκλειστικότητα της ερμηνείας του και ακόμη περισσότερο τη λογοκρισία ή την καταστροφή του. Η σιωπή του αρχείου δεν υφίσταται. O χώρος όπου διαμένει μπορεί να είναι κρυφός, αλλά τα μυστικά του είναι δημόσια, είναι εν ενεργεία . Πρόκειται για κείμενα που περιμένουν την τύχη τους. Και κάθε πράξη ανάγνωσης δημιουργεί το κείμενό της. Γιατί, κανένα αρχείο δεν έχει οριστική μορφή. Yπόκειται σε απρόσμενες ανατροπές και διαψεύσεις και αντιστέκεται στην αποκλειστικότητα της ορθής χρήσης. Δεν υπάρχουν μυημένοι και αμύητοι. Έτσι λοιπόν το όνομα του συγκεκριμμένου αρχείου δεν το καθιστά ούτε απυρόβλητο ούτε ανέγγιχτο ούτε υπό επιτήρηση αλλά αφήνει ανοιχτό το υλικό Σοφοκλής.
"Archives ne signifie pas contrôle de la mémoire, mais documents qui demandent à être sauvegardés. Rien ne légitimise l’exclusivité de leur interprétation, et bien plus encore leur censure et leur destruction. Il n’existe pas de silence des archives. L’endroit où ils se trouvent peut être celé, mais leurs secrets sont publics, ils sont en activité. Il s’agit de textes qui attendent leur destin. Et chaque acte de lecture crée son texte. Car aucune archive n’est définitive. Elle est soumise à des renversements inattendus et à des démentis et elle résiste à l’exclusivité du bon usage. Il n’existe pas d’initiés et de non-initiés. Ainsi, donc, le nom des archives en question ne les met ni hors d’atteinte ni ne les rend intouchables ni ne les place sous surveillance mais laisse ouvert l’accès au Matériau Sophocle."
Maria Efsthathiadi, (1) Le Jardin de glace, texte inédit s'ajoutant aux archives du dossier Philoctète.Les romans suivants de Maria Efstathiadi Comme un mélo (Actes Sud, traduction Anne-Laure Brissac), Gants avec mains (L'Harmattan, traduction Michel Volkovitch), sont traduits en français.
En ce qui concerne le problème de l'utilisation, du traitement, de la "réfection" dans tous les sens du terme des textes anciens, tant dans leur idée directrice que dans l'exploitation de phrases ou thèmes précis, il me semble que Paul Valéry donne la réponse qui implique la plus exigeante simplicité mais aussi la plus simple exigence : " La véritable tradition dans les grandes choses n'est point refaire ce que les autres ont fait, mais retrouver l'esprit qui a fait ces grandes choses et qui en ferait de tout autres en d'autres temps".
Photographie Sapience Malivole, Premier mai dans les Cyclades, nues aristophaniennes et trône socratique.
08 avril 2009
PHYSIONOMIE DE LAPIDARIUM
Αυτός εδώ λιθοβολεί / κι αυτός εκεί λιθοβολείται/ ο άλλος πάλι κάθεται/ μετρά τις πέτρες.
Celui-ci lapide / et celui-là est lapidé / l'autre de son côté ne fait rien / il compte les pierres
Daniil Yiorgos (1938-1991)
Quelle vision habite respectivement ces trois hommes, sont-ils d'ailleurs moins de deux ou plus de trois?
Je me suis mise à considérer les murs comme des arsenaux. Je voyais « je» dégager des armes d’une muraille, et sa rage se changer en agonie au fur et à mesure que le lapidarium s’épuisait : sa main droite tenait la dernière pierre, la gauche cherchait encore et encore derrière lui. « Tu » était lentement pulvérisé, les pierres buvaient son sang et son corps, il gagnait l’aspect pétrifié d’un nouveau lapidarium dressé comme une pile d’archives, une urne volcanique ou un haut-fourneau. « Il », dieu obligé ou homme à l’écart, montrait une attitude ambigüe : donne-t-il l’ordre, garde-t-il les pierres ou le rituel, réprouve-t-il ? Est-ce lui le prochain ? Est-il indifférent, impartial ou aveugle au spectacle, compte-il les soubresauts sur la chair comme il aurait compté les retours de l’eau ou les voltes d'une toupie ? Je vois les pierres arrachées à la muraille bâtir sensiblement la lice qui l’entoure, sous laquelle gît le lapidé.
"Me llamarán, nos llamarán a todos.
Tú, y tú, y yo, nos tornaremos
en tornos de cristal, ante la muerte.
Y te expondrán, nos expondremos todos
a ser trizados ¡zas! por una bala.
Bien lo sabéis. Vendrán
por ti, por mi, por todos.
Y también por ti. (Aquí no se salva
ni Dios. Lo asesinaron.)
Escrito está. Tú nombre está ya listo,
temblando en un papel. Aquél se dice :
abel, abel, abel...o yo, tú, el..."
Blas de Otero.
http://www.youtube.com/watch?v=Ksf5CrJ4xk4
16 mars 2009
PHYSIONOMIE DE CI-BOIRE
Eν δορὶ μέν μοι μᾶζα μεμαγμένη, ἐν δορὶ δ᾽ οἶνος
Ἰσμαρικός, πίνω δ᾽ ἐν δορὶ κεκλιμένος.
"Sur ma lance à moi la galette bien tassée (1), sur ma lance le vin
d'Ismarie (2), je bois appuyé sur ma lance"
Archiloque
Voici un extrait des Géoponica, compilation byzantine de sujets se rapportant à l'agriculture. Sachez choisir votre vin : de sa qualité dépend aussi celle de la philosophie qu'elle inspire.
Comment et quand goûter le vin (Florentinus)
"Certains goûtent le vin lorsque souffle le vent du nord, car alors le vin ne se mélange pas et ne se trouble pas. Mais les spécialistes préfèrent le goûter lorsque souffle le vent du sud, car alors précisément il se mélange et manifeste sa qualité. On ne doit pas goûter le vin l'estomac vide, car cela gâte le goût, mais pas non plus après avoir bu ni à la suite d'une repas lourd. De plus, on ne doit pas goûter le vin après avoir mangé quelque chose de très amer ou très salé, cela également influence le goût. Au contraire, on doit avoir mangé auparavant aussi peu que possible, et évidemment une nourriture facile à digérer. Bien sûr, les acheteurs seront pressés de goûter le vin par vent du nord. Certains marchands, afin de tromper les acheteurs, ont une coupe destinée à la dégustation qu'ils ont trempée dans un vieux vin aromatique. La qualité gustative de ce vin imprègne la coupe et les acheteurs ont l'impression que le vin nouveau qu'on leur sert possède ces vertus. C'est ainsi que l'on trompe les acheteurs. D'autres marchands, encore plus malhonnêtes, placent dans leurs réserves du fromage et des fruits secs, de façon que les acheteurs soient tentés de manger, ce qui a pour conséquence de corrompre l'acuité de leur goût. Je ne vous dis pas cela afin que vous les imitiez, mais afin que d'autres ne vous trompent pas. Le producteur doit souvent goûter son vin, le nouveau comme le vieux, sinon il peut ne pas se rendre compte qu'il est en train de s'aigrir."
Geoponica, VII, 7
Photographie Aliocha Kolesnikov, "Coupe mycénienne".
(1) Il s'agissait d'une sorte de pain d'orge, dans le genre pain de munition, la nourriture des soldats entre autres. Ce distique est aussi concentré que lla nourriture à laquelle il se réfère : la lance est le mode de vie du mercenaire; par elle il gagne sa subsistance, sur lui elle veille.
(2) Ismarie était une ville de Thrace réputée pour la force de son vin.
Il existe une belle étude sur l'histoire de la gastronomie et de l'alimentation en Grèce, celle de Andrew Dalby, publiée en 1996 sous le titre Siren Feasts (Les festins de Sirènes), dont j'ignore si elle est traduite en français.
14 mars 2009
PHYSIONOMIE DE DIALOGUE
Ἀπολλόδωρος
Δοκῶ μοι περὶ ὧν πυνθάνεσθε οὐκ ἀμελητέτητος εἶναι·καὶ γὰρ ἐτύγχανον πρώην
εἰς ἄστυ οἴκοθεν ἀνιὼν Φαληρόθεν·τῶν οὖν γνωρίμων τις ὄπισθεν κατιδών
με πόρρωθεν ἐκάλεσε,καὶ παίζων ἅμα τῇ κλήσει·
Ὦ Φαληρεύς, ἔφη, οὗτος Ἀπολλόδωρος,οὐ περιμένεις;
κἀγὼ ἐπιστὰς περιέμεινα· καὶ ὅς·
Ἀπολλόδωρε, ἔφη, καὶ μὴν καὶ ἔναγχός σε ἐζήτουν
βουλόμενος διαπυθέσθαι τὴν Ἀγάθωνος συνουσίαν καὶ
Σωκράτους καὶ Ἀλκιβιάδου καὶ τῶν ἄλλων τῶν τότε ἐν τῷ συνδείπνῳ
παραγενομένων, περὶ τῶν ἐρωτικῶν λόγων τίνες ἦσαν·
ἄλλος γάρ τίς μοι διηγεῖτο ἀκηκοὼς Φοίνικος τοῦ Φιλίππου·
ἔφη δὲ καὶ σὲ εἰδέναι. ἀλλὰ γὰρ οὐδὲν εἶχε σαφὲς λέγειν· σὺ οὖν μοι διήγησαι·
δικαιότατος γὰρ εἶ τοὺς τοῦ ἑταίρου λόγους ἀπαγγέλλειν· […]
Apollodore
" Je me figure n’être pas si mal exercé sur le sujet dont vous vous informez. En effet, dernièrement, je montais par hasard de chez moi, à Phalère, vers la ville. Une de mes connaissances, m’apercevant de derrière, m’a hélé de loin, et m’a dit en jouant sur l’appel : « Oh! Citoyen de Phalère ! Le nommé Apollodore ! Tu n’attends pas ? » Et moi, je m’arrête et j’attends. Et lui de dire : « Apollodore, ne voilà-t-il pas que justement je te cherchais : je veux apprendre par le menu la (ré)union de Socrate et Alcibiade, et des autres qui se trouvaient alors avec eux au repas, et quels ont été les discours d’amour(eux). En fait, quelqu’un d’autre me l’a raconté, après avoir entendu Phénix, le fils de Philippe. Il a dit d’ailleurs que toi aussi tu étais au courant. Mais en réalité il n’avait rien à dire de bien clair. Donc, c’est à toi de m’en faire un récit. En effet, il te revient de droit de rapporter les propos de ton ami."
Aristote plaçait (si l’on en croit Diogène Laërce) les dialogues platoniciens entre la poésie et la prose, alors que le discours versifié d’Empédocle l’autorisait à l’appeler physicien, et non poète. Poésie par les moyens mimétiques, prose par l’absence de mètre, cette introduction du Banquet construit une fiction et reconstitue la réalité. Pour moi, ne voyant pas avant tout dans cet enchaînement de discours rapportés
Banquet àInconnu/AristodèmeàPhénix à Glaucon ß Apollodore ß Aristodème ß Banquet
û
ê
Amis d’Apollodore
la preuve de la volonté de Platon de situer historiquement ce dialogue et de lui faire traverser l’espace de seize années environ, j’y admire l’utilisation des procédés narratifs, aussi beaux que ceux d'Homère, qui amplifient le mouvement de la tradition du discours. D’ailleurs, les lecteurs du présent ne sont plus sensibles au temps fini de Platon, qui une fois pour toutes fixe la parole partie de la bouche véridique et égarée dans les bouches trompeuses, le temps d’un retour à la bouche véridique, mais au temps infini et inchangé de la parole portée jusqu’à nous.
Ainsi, ces vraisemblables Mille et une Nuits de la parole aboutissent au matin sur la route qui va de Phalère à Athènes. L’Ilissos roule entre les roseaux, quelque chose du mur de Thémistocle se tient encore, Apollodore monte entre les yeuses et les oliviers : le chemin est long pour un homme, il dure le temps d’un dialogue socratique qui une nuit dura et durera une autre peut-être, lorsque Apollodore en fera le dernier récit à des amis.
Car la parole n’a d’étendue qu’entre nous, qui comprenons le même langage : pour un peu, ce racontage pourrait être un commérage. Quelle avidité d’entendre les détails ! Alors ? Qu’a dit Socrate ? Qu’a dit Alcibiade ? Que reste-t-il de leurs amours ? Qu’est-ce que cela leur inspire ? Bien que je paraisse prêter à Platon des pensées, l’emploi de ces mots, συνουσία et ἐρωτικοί λόγοι, prononcés par Glaucon - époumoné de sa course derrière Apollodore et de son impatience - le premier signifiant « réunion, conversation, union charnelle », et ayant donné συνουσιασμός « commerce intime », le second ne pouvant autrement se traduire que par « discours d’amour » ou « discours amoureux » - alors que περί ἔρωτος, qui constitue d’ailleurs le sous-titre de l'oeuvre, aurait été plus précis - révèle peut-être l’intention de laisser au lecteur liberté de songer à des développement réels et particuliers de l’amour.
La joie et l'humour d'Apollodore qui brillent dans ce passage, de ce « tendre » ou « simple d’esprit » que Platon charge de rapporter en 400 les discours sur l’amour à la proche et lointaine postérité, a un aspect tragique : en 399, aux derniers instants de Socrate, il « hurlait et ses pleurs fendaient le cœur des assistants ».
Sauf celui de Socrate.
Photographie Sapience Malivole, "Symposium du bosquet"
19 janvier 2009
PHYSIONOMIE DE MANGE-VENT
Dialogue apologétique
- Alors, Sapience ?
- Ah, monsieur, si je veux manger du pain au lieu de l'air du temps, je dois être meunière et boulangère. Et si ce n'était que cela! Je construis et je forge, je rabote et je creuse, je brode et je bride, je fonds et je fends.
15 janvier 2009
PHYSIONOMIE DE SCENE
C'était vers le soir, et je suis sortie; je me suis assise sur le banc de la petite place au mobilier abrégé: deux arbres pas bien hauts, une chapelle et un vase bleu, des fenêtres, une fontaine.
Assise dans cet intérieur d'extérieur, j'attendais, en remarquant les détails des balcons et des passages jetés au-dessus des ruelles.
La nuit venait, le silence était fait, je n'entendais que les vagues dans l'eau.
J'attendais que cela commence.
Soudain, côté jardin, un homme est progressivement apparu, il prenait une forme complète au fur et à mesure qu'il montait les degrés.
Il est passé devant la chapelle en faisant le signe de croix, et s'est arrêté sous un balcon.
Il a crié : "Oh!" et un autre homme est sorti sur le pont de sa porte.
"C'est fini", dit le premier "je reviendrai demain".
Je vis alors qu'il avait la couleur des murs écaillés, et qu'il s'enroulait les mains dans un chiffon.
"A quelle heure?" a demandé l'autre.
"A quelle heure... heure... heure?" a demandé l'écho.
Le premier homme n'a pas répondu, il a fait un geste des épaules, devant la bouche ouverte de l'écho.
Puis il est sorti côté cour, et sa tête a disparu derrière le vase bleu. C'est l'écho qui m'a dit : "Bonsoir...bonsoir...bonsoir".
Photographies Sapience Malivole, Andros.
08 janvier 2009
PHYSIONOMIE DE DOIGTS DE ROSE
Ivan Aivazovsky (1817-1900)
Constantinople, la mosquée de Tophane
Brest, Musée des Beaux-Arts
Pour Jean. Αυτός, λοιπόν, ήταν ο Ισμαήλ Αλ Ίσκιρ, που γυρνούσε τρελός κάπου στο γέρμα του δωδέκατου αιώνα μετά τον Χριστό στην Χαλκιδική, ψάχνοντας μια εκκλησιά χωρίς καμπάνα. "C'était lui, donc, Ismail Al Iskir, qui errait comme un fou en Chalcidique vers le couchant du XIIème siècle après Jésus Christ, à la recherche d'une église sans cloche".
Thanassis Triaridis, La CLoche muette
Ivan Aivazovsky, Navire faisant naufrage près du Mont Athos
Depuis plus d'un mois, je choisis des textes et des images afin de vous proposer des "sujets" de la Grèce, qui soient épurés de documentation, et qui ne soient pas narcissiques : en fait, des éclats, des parcelles. En effet, je crois qu'on ne comprend les grandes choses que par les petites qui les composent, car le grand a quelque chose d'hermétique que nous n'appréhendons que par le concept, qui est la façon humaine de réduire les échelles. Comment aussi envisager le temps, l'espace dans une totalité, comment aborder la vie et la mort, la nature et l'art autrement que par les fragments qui veulent bien se révéler à nous le voulant bien ? Je donne peut-etre l'impression de placer, dans un grand vide muet, des petits paysages de sens, et le lecteur recherche avec peine une unité, qu'il ne peut trouver que dans les associations qu'il fera lui-meme. Pourtant il m'apparait que, à l'exemple des poètes modernistes comme Séféris ou Elytis, je place cette unité dans le sentiment d'une nature intellectualisée par un esprit intrinsèquement hellénique. Cela n'est pas un appauvrissement, les sens ne sont pas relégués à n'etre qu'une part moindre de cette démarche, car l'émotion qu'ils procurent se complète ainsi par la réminiscence et accède à l'esprit. Cela me semble étrangement inévitable : c'est la Grèce elle-meme qui me le propose, le génie de son paysage s'impose à moi qui le vois, et m'impose une façon de le voir.














